Susan Boyle : grande clowne
Un ami clown m’a parlé de cette vidéo sur Youtube où l’on voit cette femme au physique un peu « décalé » venir chanter sa chanson devant un jury et un public quelque peu hostile lors d’un « concours de chant » ou d’un radio crochet Britanique. J’espère juste qu’il ne s’agit pas d’un coup médiatique (fort réussi par ailleurs) et que les réactions du jury et du public sont réellement sincères… J’avoue avoir été très ému en voyant cette vidéo. Comprenez-moi bien : il s’agit d’un grand moment purement clownesque !
Cette femme (Susan BOYLE) arrive sur scène avec cette coiffure et ce costume improbables et semble complètement étrangère au « comportement habituel scénique ». Elle est en parfait décalage et cela ne lui pose aucun problème. Elle répond au questions du jury très simplement sans se rendre compte un seul instant que ses réponses sont prétextes au moqueries et aux railleries du public. Elle en rajoute même quand on lui demande son âge et se lance dans un déhanchement très stylé qui provoque l’exaspération des membres du jury. Elle est « nature » ou plus précisément elle est VRAIE, sincère, et pourtant à cet instant (c’est-à-dire avant d’avoir ouvert la bouche pour chanter) elle est mal considérée par toute l’assemblée présente dans la salle mais aussi sûrement par les spectateurs devant leur téléviseur. Et quand elle demande aux techniciens en coulisses d’envoyer la bande son, elle est formidablement clowne !
J’ai eu l’occasion de travailler (lors de mon exploration clownesque) avec des gens vraiment formidables, avec une vraie profondeur d’âme. Je pense notamment à Kozana LUCCA du Roy Hart Theatre que j’ai rencontré lors d’un Stage Clown et Voix au Bataclown. Cette femme est vraiment un soleil à elle seule et son énergie nous irradie, nous innonde. Avec Kozana, nous avons exploré nos voix avec toute l’émotion que cela génère. En visionnant cette vidéo, j’ai repensé à cette phrase de Kosana : « La voix est le muscle de l’âme ». A partir du moment où Susan BOYLE ouvre la bouche pour chanter, tout le monde – instantanément – voit la beauté intérieure de cette femme. Les rapports de forces s’inversent alors et là où tout le monde voyait sur scène une femme ridicule, le jury et le public sont submergés (au sens du verbe envahir) par l’émotion brute que suscite la voix de Susan BOYLE. Elle est seule sur scène et pourtant c’est elle qui captive, qui commande même les ressentis émotionnels de milliers de personnes. Elle devient « belle » ! Mais ne l’était-elle pas déjà avant de chanter ?
Là est la force du clown : dans la surprise que nous offre un personnage dont on sent bien que cela va être difficile pour lui d’être là, devant nous, offert en pâture au public, et qui subitement va nous surprendre en nous offrant quelque chose dont lui seul a le secret. Quelque chose qu’il porte à l’intérieur de lui, derrière le masque du clown, derrière ses habits ridicules, derrière son maquillage, derrière son comportement imprévisible, derrière…
A l’intérieur du coffre fort, il y a un écrin d’une valeur inestimable : un coeur de clown. Donc un coeur d’homme ou de femme unique, précieux et fragile. En chantant, Susan Boyle nous ouvre son corps et nous offre son coeur et contre ça, personne ne peut rien ! Bien sûr, l’effet de surprise passé, on peut légitimement se demander ce qui va lui arriver maintenant. J’espère sincèrement pour elle que le meilleur l’attend. Susan BOYLE nous aura donné une vrai leçon d’humanité. Un vrai moment de spectacle clown à l’état pur. J’ose espérer encore qu’il ne s’agit pas d’un coup prévu et monté de toutes pièces. Mais finalement, est-ce si important ? En tout cas, en plus d’être une grande interprète, Susan BOYLE est définitivement une très grande clowne ! Au sens le plus noble du terme bien sûr, avec tout ce que cela suppose de générosité, de bonté et de charge émotionelle.
PS : J’ai volontairement omis de mettre le lien de la vidéo de Susan BOYLE. Vous saurez, j’en suis sûr, vite la retrouver…