Clown – Paroles de Henri Michaux

Je trouve ce texte très intéressant et à méditer.
En espérant que ce n’est pas trop présomptueux de le mettre sur le Blog de Plumo, le but étant simplement de le faire découvrir et surtout pas de se l’approprier.
Allez voir ceci aussi, cela vous aidera certainement à comprendre le texte de H. Michaux : Jean-Michel Maulpoix et cie…
Enfin, je veux dire que pour moi, cela m’a aidé…

CLOWN
Henri MICHAUX

Un jour,
Un jour, bientôt peut-être,
Un jour j’arracherai l’ancre qui tient mon navire loin des mers

Avec la sorte de courage qu’il faut pour être rien et rien que rien.
Je lâcherai ce qui paraissait m’être indissolublement proche.

Je le trancherai, je le renverserai, je le romprai, je le ferai dégringoler.
D’un coup dégorgeant ma misérable pudeur, mes misérables combinaisons et enchaînements « de fil en aiguille »
Vide de l’abcès d’être quelqu’un, je boirai à nouveau l’espace nourricier.

A coups de ridicule, de déchéances (qu’est-ce que la déchéance?), par éclatement.
Par vide, par une totale dissipation-dérision-purgation, j’expulserai de moi la forme qu’on croyait si bien attachée, composée, coordonnée, assortie à mon entourage
Et à mes semblables, si dignes, si dignes mes semblables.

Réduit à une humilité de catastrophe, à un nivellement parfait comme après une immense trouille.
Ramené au-dessous de toute mesure à mon rang réel, au rang infime que je ne sais quelle idée-ambition m’avait fait déserter.
Anéanti quant à la hauteur, quant à l’estime.
Perdu en un endroit lointain (ou même pas), sans nom, sans identité.

CLOWN, abattant dans la risée, dans l’esclaffement, dans le grotesque, le sens que toute lumière je m’étais fait de mon importance.
Je plongerai.
Sans bourse dans l’infini-esprit sous-jacent ouvert à tous, ouvert moi-même à une nouvelle et incroyable rosée.

A force d’être nul
Et ras
Et risible…

Clown.

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Susan Boyle : grande clowne

Un ami clown m’a parlé de cette vidéo sur Youtube où l’on voit cette femme au physique un peu « décalé » venir chanter sa chanson devant un jury et un public quelque peu hostile lors d’un « concours de chant » ou d’un radio crochet Britanique. J’espère juste qu’il ne s’agit pas d’un coup médiatique (fort réussi par ailleurs) et que les réactions du jury et du public sont réellement sincères… J’avoue avoir été très ému en voyant cette vidéo. Comprenez-moi bien : il s’agit d’un grand moment purement clownesque !
Cette femme (Susan BOYLE) arrive sur scène avec cette coiffure et ce costume improbables et semble complètement étrangère au « comportement habituel scénique ». Elle est en parfait décalage et cela ne lui pose aucun problème. Elle répond au questions du jury très simplement sans se rendre compte un seul instant que ses réponses sont prétextes au moqueries et aux railleries du public. Elle en rajoute même quand on lui demande son âge et se lance dans un déhanchement très stylé qui provoque l’exaspération des membres du jury. Elle est « nature » ou plus précisément elle est VRAIE, sincère, et pourtant à cet instant (c’est-à-dire avant d’avoir ouvert la bouche pour chanter) elle est mal considérée par toute l’assemblée présente dans la salle mais aussi sûrement par les spectateurs devant leur téléviseur. Et quand elle demande aux techniciens en coulisses d’envoyer la bande son, elle est formidablement clowne !
J’ai eu l’occasion de travailler (lors de mon exploration clownesque) avec des gens vraiment formidables, avec une vraie profondeur d’âme. Je pense notamment à Kozana LUCCA du Roy Hart Theatre que j’ai rencontré lors d’un Stage Clown et Voix au Bataclown. Cette femme est vraiment un soleil à elle seule et son énergie nous irradie, nous innonde. Avec Kozana, nous avons exploré nos voix avec toute l’émotion que cela génère. En visionnant cette vidéo, j’ai repensé à cette phrase de Kosana : « La voix est le muscle de l’âme ». A partir du moment où Susan BOYLE ouvre la bouche pour chanter, tout le monde – instantanément – voit la beauté intérieure de cette femme. Les rapports de forces s’inversent alors et là où tout le monde voyait sur scène une femme ridicule, le jury et le public sont submergés (au sens du verbe envahir) par l’émotion brute que suscite la voix de Susan BOYLE. Elle est seule sur scène et pourtant c’est elle qui captive, qui commande même les ressentis émotionnels de milliers de personnes. Elle devient « belle » ! Mais ne l’était-elle pas déjà avant de chanter ?
Là est la force du clown : dans la surprise que nous offre un personnage dont on sent bien que cela va être difficile pour lui d’être là, devant nous, offert en pâture au public, et qui subitement va nous surprendre en nous offrant quelque chose dont lui seul a le secret. Quelque chose qu’il porte à l’intérieur de lui, derrière le masque du clown, derrière ses habits ridicules, derrière son maquillage, derrière son comportement imprévisible, derrière…
A l’intérieur du coffre fort, il y a un écrin d’une valeur inestimable : un coeur de clown. Donc un coeur d’homme ou de femme unique, précieux et fragile. En chantant, Susan Boyle nous ouvre son corps et nous offre son coeur et contre ça, personne ne peut rien ! Bien sûr, l’effet de surprise passé, on peut légitimement se demander ce qui va lui arriver maintenant. J’espère sincèrement pour elle que le meilleur l’attend. Susan BOYLE nous aura donné une vrai leçon d’humanité. Un vrai moment de spectacle clown à l’état pur. J’ose espérer encore qu’il ne s’agit pas d’un coup prévu et monté de toutes pièces. Mais finalement, est-ce si important ? En tout cas, en plus d’être une grande interprète, Susan BOYLE est définitivement une très grande clowne ! Au sens le plus noble du terme bien sûr, avec tout ce que cela suppose de générosité, de bonté et de charge émotionelle.

PS : J’ai volontairement omis de mettre le lien de la vidéo de Susan BOYLE. Vous saurez, j’en suis sûr, vite la retrouver…

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Le képi, la pie et l’hirondelle

(Petite fable)

Près d’une gare
Un képi épie une pie blottit au fond d’un nid posé sur un vieux pont
Blottit au fond d’un nid posé sur un vieux pont, la pie coud
C’est sa manie
Sous le nid dans la ruelle, passe une hirondelle
Une belle hirondelle contractuelle coiffée d’un beau rubis bleu
Jalouse, la pie piaffe, picore
Fait des pirouettes telle une toupie
Elle se dit : « Tant pis, par dépit, je fonds ! »
Du fond la pie coud
Du pont le coup fit fort peur à l’hirondelle
Qui ne vit que du bleu
Mais devint verte, de peur
Rouge, de colère
Blanche, comme un mort
Comme une morte Mickey
Pardon
Comme un mort plutôt
Car l’hirondelle est femme
Si l’hirondelle était homme
On dirait « Hirondelui »
On l’appellerai agent
Agent de Stationnement
Il mettrait des PV
En usant les pavés
A ceux qui en ont bavé
Pour pouvoir stationner mais
Je m’égare, gare
Trop loin de la gare où
En grand professionnel
Le képi agit en sauvant l’hirondelle
Il saisit la pie par la peau des ailes
Et la met en cage pour qu’elle soit plus sage
Dans une cage, pleine de rage, une pie pi pas sage a soif
Une pie pi qui a la pépie, quel pépin !
Et la pie piaffe, piaffe, piaffe
Et la pie piaille, piaille, piaille
En espérant en vain
Qu’un p’tit piaf plein de pité
Vint lui tendre main
Une aile Mickey
Pardon
Une aile plutôt
Car si le piaf avait des mains
On l’appellerait chagrin.

Posté le 4 mars 2009

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Les jambes des arbres

Autrefois, les arbres avaient deux jambes.
Aujourd’hui, les arbres n’ont qu’une seule jambe, c’est entendu, tout le monde peut le constater mais cela n’a pas toujours été le cas.
Il ya bien longtemps, les arbres avaient deux jambes, ce qui leur permettaient de se déplacer en recherchant le maximum de lumière.
Il y avait donc des troupeaux d’arbres rassemblés selon les espèces et ces troupeaux se déplaçaient pour de grandes migrations.
Bien sûr, tous n’avaient pas les mêmes goûts. Certains aimaient grimper en montagne, d’autres adoraient bronzer en bord de mer, d’autres encore aimaient flâner le long des rivières et tremper les pieds dans l’eau fraîche et enfin certains aimaient par-dessus tout se laisser griller – c’est une expression naturellement – dans la chaleur et l’aridité du désert.
Si un arbre immense venait se placer à côté d’un tout petit et que ce dernier peinait à trouver de la lumière, il lui suffisait de se déplacer et il pouvait à nouveau bien profiter des rayons du soleil.
D’une manière générale, les arbres étaient très tolérants entre eux. Les bagarres n’existaient pratiquement jamais. Ils n’hésitaient pas à se mélanger tout en restant dans des moeurs convenables. Un arbre sec et fin des hautes montagnes ne se serait jamais aguiché d’une jeune demoiselle arbre bien grasse de la Côte d’Azur. Enfin pas à ma connaissance.
Au début, les arbres se reproduisaient toujours avec ceux du même clan mais, l’amour aidant, ils ont bien fini par se mélanger ce qui eu pour conséquence de donner de nouvelles variétés d’arbres tous plus beaux les uns que les autres. Bref, l’harmonie et la paix régnaient sur terre jusqu’au jour où… les hommes sont arrivés.

Vous comprenez, je n’ai rien contre les hommes mais je suis bien obligé de constater qu’ils ne visent que leurs propres intérêts.
Alors, quand un homme venait s’allonger aux pieds et à l’ombre d’un arbre bien tranquille, celui-ci partait ailleurs, chagriné que l’homme ait troublé son repos. Il faut dire que les hommes étaient bien un peu pot de colle !
Ou alors, quand un homme voulait attraper un beau fruit bien mûr, l’arbre s’en allait en courant, bien mécontent qu’on en veuille à ses progénitures. On pouvait voir de partout dans les plaines et ailleurs, des troupeaux d’hommes courir après des troupeaux d’arbres !
Oui mais voilà, les hommes ont évolué et sont devenus de plus en plus intelligents. Ils ont découvert l’acier pour fabriquer des haches, des coupe-coupes, des scies, des couteaux. Ils se sont rendu compte aussi que l’on pouvait utiliser les bois des arbres morts – ces derniers étant à peu près les seuls arbres qu’ils arrivaient à attraper – pour en faire du feu, des maisons, des outils, des instuments de musique et même du papier.
Alors, ils n’ont pas hésité une seconde. Ils ont organisé de grandes battues et la chasse à l’arbre à commencé. Pour éviter de courir sans arrêt après les arbres, ils se sont mis à leur couper systématiquement une jambe ! De sorte que depuis, les arbres ne peuvent plus bouger et restent plantés là où on les a laissé et, bien sûr, prennent racine à force d’immobilité.
Mais l’homme s’est retrouvé avec une grande quantité de jambes d’arbres et, même si une partie lui était fort utile, il lui restait toujours un bon paquet de jambes sur les bras… Comme l’homme est joueur et toujours bon enfant, il fit encore plus de feu, construisit encore plus de maison, encore plus d’outils, fabriqua encore plus de papier, etc. Toutes choses fort inutiles par ailleurs mais il fallait bien qu’il s’occupe un peu.
Aujourd’hui, de partout par le monde, les arbres se tiennent sur une seule jambe. Ils ont dû s’adapter pour rechercher la lumière ou, au contraire, se protéger contre l’agression du soleil. Un arbre ne fuit plus quand un homme vient cueillir un fruit mûr sur une de ses branches. Car aujourd’hui, les arbres ne peuvent plus bouger. Enfin…

Il paraît que le soir, quand tout est endormi, on peut voir des ombres sauter à cloche-pied. Les arbres se regroupent pour parler discrètement entre eux. On entend alors des murmures, des chuchotements et aussi quelques rires étouffés. Les comportements bizarres des humains et leurs activités étranges sont leurs sujets de conversation favoris.
Ils adorent se moquer de nous.

Texte écrit il y a fort longtemps pour mes enfants et posté le vendredi 4 mars 2009

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Un clown dans la foule

Un jour
Ou peut-être une nuit
Plumo sortit de chez lui pour prendre un bain de foule
Plumo aime prendre des bains de foule
Car ça lui lave l’esprit
Il prit donc sa serviette et
Habillé d’un simple maillot de bain
Il s’assit sur bord de la fenêtre de son appartement
La rue était pleine à ras bord d’une foule dense et compacte
Les murs des immeubles montaient haut dans le ciel et
La piscine était donc très profonde
Alors Plumo chaussa ses palmes, enfila son masque et son tuba et
Après avoir inspiré longuement
Plongea maladroitement dans la foule
L’immersion fut brutale car la foule était froide
Les gens le regardaient d’un air méfiant et l’évitaient même parfois
Plumo était choqué
Il ne s’attendait pas à une telle température
Alors il nagea un peu au hasard et pris la décision
De ne pas faire trop attention aux gens
Parfois, un petit enfant le montrait du doigt
En tirant le bras de ses parents
Mais un papa ou une maman
C’est souvent plus fort qu’un enfant
Alors l’enfant
Tel un glaçon tombé dans une tasse d’eau chaude
Se fondit dans la foule
Plumo nagea donc au gré des courants de la foule
Se laissant porter par les flots
En passant devant l’entrée d’un établissement fréquentable
Dont la porte était légèrement ouverte
Il fut brutalement aspiré à l’intérieur d’une cave profonde d’où suintait
Une légère musique sensuelle telle
Le fumet d’une pâtisserie fraîchement sortie du four
Sans comprendre comment
Il se retrouva assis près d’une table ronde au milieu de beaux chevaliers
Ensemble, ils goûtèrent si le vin
Servit dans de grands verres à pied
Etait bon
Les verres à pied avaient tendance à courir de partout sur la table
Aussi Plumo gardait soigneusement le sien à la main
Car il ne tenait pas à boire dans celui du voisin
Les preux chevaliers parlaient de choses et d’autres
Sans importance
Comme de quotations en bourses
De CAC 40
D’usines déplacées en Asie et de fortunes gagnées à la force du poignet
Des autres
Qui se lèvent tôt et qui se couchent tard
Pour gagner moins
Plumo comprit pourquoi ils étaient habillés de belles parures
Des plus belles étoffes
A leur ceinture, pendait une bourse pleine de pièces d’or
C’est sûr
Se dit Plumo
Ces gens là ont travaillé un peu plus pour gagner beaucoup plus
C’est alors qu’un chevalier
Assis en face de lui
Lui adressa la parole comme s’il appartenait
Au cercle intime des chevaliers
Plumo eut un moment de panique
Il pris ses palmes à son cou et
Courut vers la sortie en poussant des petits cris
Telle une mouette piplette
Fuyant une autre mouette muette lui piquant les miettes
Posées dans son assiette.

Posté le 2 octobre 2008

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