Le képi, la pie et l’hirondelle

(Petite fable)

Près d’une gare
Un képi épie une pie blottit au fond d’un nid posé sur un vieux pont
Blottit au fond d’un nid posé sur un vieux pont, la pie coud
C’est sa manie
Sous le nid dans la ruelle, passe une hirondelle
Une belle hirondelle contractuelle coiffée d’un beau rubis bleu
Jalouse, la pie piaffe, picore
Fait des pirouettes telle une toupie
Elle se dit : « Tant pis, par dépit, je fonds ! »
Du fond la pie coud
Du pont le coup fit fort peur à l’hirondelle
Qui ne vit que du bleu
Mais devint verte, de peur
Rouge, de colère
Blanche, comme un mort
Comme une morte Mickey
Pardon
Comme un mort plutôt
Car l’hirondelle est femme
Si l’hirondelle était homme
On dirait « Hirondelui »
On l’appellerai agent
Agent de Stationnement
Il mettrait des PV
En usant les pavés
A ceux qui en ont bavé
Pour pouvoir stationner mais
Je m’égare, gare
Trop loin de la gare où
En grand professionnel
Le képi agit en sauvant l’hirondelle
Il saisit la pie par la peau des ailes
Et la met en cage pour qu’elle soit plus sage
Dans une cage, pleine de rage, une pie pi pas sage a soif
Une pie pi qui a la pépie, quel pépin !
Et la pie piaffe, piaffe, piaffe
Et la pie piaille, piaille, piaille
En espérant en vain
Qu’un p’tit piaf plein de pité
Vint lui tendre main
Une aile Mickey
Pardon
Une aile plutôt
Car si le piaf avait des mains
On l’appellerait chagrin.

Posté le 4 mars 2009

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Les jambes des arbres

Autrefois, les arbres avaient deux jambes.
Aujourd’hui, les arbres n’ont qu’une seule jambe, c’est entendu, tout le monde peut le constater mais cela n’a pas toujours été le cas.
Il ya bien longtemps, les arbres avaient deux jambes, ce qui leur permettaient de se déplacer en recherchant le maximum de lumière.
Il y avait donc des troupeaux d’arbres rassemblés selon les espèces et ces troupeaux se déplaçaient pour de grandes migrations.
Bien sûr, tous n’avaient pas les mêmes goûts. Certains aimaient grimper en montagne, d’autres adoraient bronzer en bord de mer, d’autres encore aimaient flâner le long des rivières et tremper les pieds dans l’eau fraîche et enfin certains aimaient par-dessus tout se laisser griller – c’est une expression naturellement – dans la chaleur et l’aridité du désert.
Si un arbre immense venait se placer à côté d’un tout petit et que ce dernier peinait à trouver de la lumière, il lui suffisait de se déplacer et il pouvait à nouveau bien profiter des rayons du soleil.
D’une manière générale, les arbres étaient très tolérants entre eux. Les bagarres n’existaient pratiquement jamais. Ils n’hésitaient pas à se mélanger tout en restant dans des moeurs convenables. Un arbre sec et fin des hautes montagnes ne se serait jamais aguiché d’une jeune demoiselle arbre bien grasse de la Côte d’Azur. Enfin pas à ma connaissance.
Au début, les arbres se reproduisaient toujours avec ceux du même clan mais, l’amour aidant, ils ont bien fini par se mélanger ce qui eu pour conséquence de donner de nouvelles variétés d’arbres tous plus beaux les uns que les autres. Bref, l’harmonie et la paix régnaient sur terre jusqu’au jour où… les hommes sont arrivés.

Vous comprenez, je n’ai rien contre les hommes mais je suis bien obligé de constater qu’ils ne visent que leurs propres intérêts.
Alors, quand un homme venait s’allonger aux pieds et à l’ombre d’un arbre bien tranquille, celui-ci partait ailleurs, chagriné que l’homme ait troublé son repos. Il faut dire que les hommes étaient bien un peu pot de colle !
Ou alors, quand un homme voulait attraper un beau fruit bien mûr, l’arbre s’en allait en courant, bien mécontent qu’on en veuille à ses progénitures. On pouvait voir de partout dans les plaines et ailleurs, des troupeaux d’hommes courir après des troupeaux d’arbres !
Oui mais voilà, les hommes ont évolué et sont devenus de plus en plus intelligents. Ils ont découvert l’acier pour fabriquer des haches, des coupe-coupes, des scies, des couteaux. Ils se sont rendu compte aussi que l’on pouvait utiliser les bois des arbres morts – ces derniers étant à peu près les seuls arbres qu’ils arrivaient à attraper – pour en faire du feu, des maisons, des outils, des instuments de musique et même du papier.
Alors, ils n’ont pas hésité une seconde. Ils ont organisé de grandes battues et la chasse à l’arbre à commencé. Pour éviter de courir sans arrêt après les arbres, ils se sont mis à leur couper systématiquement une jambe ! De sorte que depuis, les arbres ne peuvent plus bouger et restent plantés là où on les a laissé et, bien sûr, prennent racine à force d’immobilité.
Mais l’homme s’est retrouvé avec une grande quantité de jambes d’arbres et, même si une partie lui était fort utile, il lui restait toujours un bon paquet de jambes sur les bras… Comme l’homme est joueur et toujours bon enfant, il fit encore plus de feu, construisit encore plus de maison, encore plus d’outils, fabriqua encore plus de papier, etc. Toutes choses fort inutiles par ailleurs mais il fallait bien qu’il s’occupe un peu.
Aujourd’hui, de partout par le monde, les arbres se tiennent sur une seule jambe. Ils ont dû s’adapter pour rechercher la lumière ou, au contraire, se protéger contre l’agression du soleil. Un arbre ne fuit plus quand un homme vient cueillir un fruit mûr sur une de ses branches. Car aujourd’hui, les arbres ne peuvent plus bouger. Enfin…

Il paraît que le soir, quand tout est endormi, on peut voir des ombres sauter à cloche-pied. Les arbres se regroupent pour parler discrètement entre eux. On entend alors des murmures, des chuchotements et aussi quelques rires étouffés. Les comportements bizarres des humains et leurs activités étranges sont leurs sujets de conversation favoris.
Ils adorent se moquer de nous.

Texte écrit il y a fort longtemps pour mes enfants et posté le vendredi 4 mars 2009

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Un clown dans la foule

Un jour
Ou peut-être une nuit
Plumo sortit de chez lui pour prendre un bain de foule
Plumo aime prendre des bains de foule
Car ça lui lave l’esprit
Il prit donc sa serviette et
Habillé d’un simple maillot de bain
Il s’assit sur bord de la fenêtre de son appartement
La rue était pleine à ras bord d’une foule dense et compacte
Les murs des immeubles montaient haut dans le ciel et
La piscine était donc très profonde
Alors Plumo chaussa ses palmes, enfila son masque et son tuba et
Après avoir inspiré longuement
Plongea maladroitement dans la foule
L’immersion fut brutale car la foule était froide
Les gens le regardaient d’un air méfiant et l’évitaient même parfois
Plumo était choqué
Il ne s’attendait pas à une telle température
Alors il nagea un peu au hasard et pris la décision
De ne pas faire trop attention aux gens
Parfois, un petit enfant le montrait du doigt
En tirant le bras de ses parents
Mais un papa ou une maman
C’est souvent plus fort qu’un enfant
Alors l’enfant
Tel un glaçon tombé dans une tasse d’eau chaude
Se fondit dans la foule
Plumo nagea donc au gré des courants de la foule
Se laissant porter par les flots
En passant devant l’entrée d’un établissement fréquentable
Dont la porte était légèrement ouverte
Il fut brutalement aspiré à l’intérieur d’une cave profonde d’où suintait
Une légère musique sensuelle telle
Le fumet d’une pâtisserie fraîchement sortie du four
Sans comprendre comment
Il se retrouva assis près d’une table ronde au milieu de beaux chevaliers
Ensemble, ils goûtèrent si le vin
Servit dans de grands verres à pied
Etait bon
Les verres à pied avaient tendance à courir de partout sur la table
Aussi Plumo gardait soigneusement le sien à la main
Car il ne tenait pas à boire dans celui du voisin
Les preux chevaliers parlaient de choses et d’autres
Sans importance
Comme de quotations en bourses
De CAC 40
D’usines déplacées en Asie et de fortunes gagnées à la force du poignet
Des autres
Qui se lèvent tôt et qui se couchent tard
Pour gagner moins
Plumo comprit pourquoi ils étaient habillés de belles parures
Des plus belles étoffes
A leur ceinture, pendait une bourse pleine de pièces d’or
C’est sûr
Se dit Plumo
Ces gens là ont travaillé un peu plus pour gagner beaucoup plus
C’est alors qu’un chevalier
Assis en face de lui
Lui adressa la parole comme s’il appartenait
Au cercle intime des chevaliers
Plumo eut un moment de panique
Il pris ses palmes à son cou et
Courut vers la sortie en poussant des petits cris
Telle une mouette piplette
Fuyant une autre mouette muette lui piquant les miettes
Posées dans son assiette.

Posté le 2 octobre 2008

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