Plumo en maison de retraite
Dans le cadre de la programmation « Des artistes à la rencontre des personnes âgées », Plumo a joué dans plusieurs Maison de Retraites de la Haute-Savoie. Cette tournée s’est achevée au mois de janvier 2010.
Petit retour sur ce spectacle très intéressant.
Le spectacle commence devant un public muet et impassible. Puis, au moment dit « du pied de micro » (Plumo essaie d’installer un pied de micro récalcitrant) une dame assise bien en face de Plumo, au premier rang, dit à haute et intelligible voix : « ce qu’il est con celui là ! »
L’animatrice se cache derrière un fauteuil et l’assistance – composée aussi de famille et d’enfants – semble suspendue à la réaction de Plumo.
La dame reprend de plus belle : « ce qu’il est con celui là, il en mériterait des coups de pieds au cul ! »
L’animatrice est toujours cachée.
« Et dire qu’on est entouré de cons, comme celui là »
Puis elle conclue : « Vous avez bientôt fini votre numéro ? Vous allez partir n’est-ce pas ? »
Je suis un peu décontenancé (j’entends par là : l’acteur est décontenancé) mais Plumo prend les choses différemment. Le public est mal à l’aise, il faut que nous débloquions la situation :
Plumo parle (c’est assez rare pour le signaler) : »Oui, c’est vrai, il est vraiment con celui là ! »
Une conversation s’installe entre Plumo et la vieille dame et nous parlons de cette personne – imaginaire ou plutôt que Plumo a crée pour détourner le « con » de sa propre personne – comme d’une tierce personne.
Plumo confirme tout ce qu’elle dit et appuie même ses propos.
Mais quand elle demande si Plumo – car c’est quand même bien de lui dont il s’agit – va partir, il répond catégoriquement : NON !
Le spectacle continue. Plumo chante avec son ukulélé.
Une relation « à trois » s’est installée :
- Plumo qui joue son spectacle et qui répond à la vieille dame.
- la vieille dame qui parle à Plumo
- le public qui ne sait plus trop s’il doit rire de Plumo ou des remarques de la dame ; mais ce qui est sûr, c’est que le public rigole beaucoup maintenant.
La vieille dame change de ton : « C’est beau ! Ce qu’il chante bien ! »
Puis elle parle d’anges qui viennent la voir pour lui parler.
Plumo sort une plume (perdue de son plumeau jaune) de sa valise et la donne à la dame en cadeau : »Tenez Madame, un ange passe… »
Rire du public.
Elle répond du tac au tac :
- Mais mes anges n’ont pas de plumes !
- Vos anges n’ont pas d’ailes ?
- Non !
- Êtes-vous certaines que ce sont des anges Madame ?
Attention, cette scène est à replacer dans son contexte, c’est-à-dire dans la joie et l’excitation, pour cette personne âgée, de participer à un spectacle, de clown qui plus est ! Donc rien d’ambigüe à lire entre les lignes !
Le spectacle continue : musique à l’accordéon diatonique. Plumo décide de jouer de vieux airs connus des personnes âgées. Succès garanti.
La dame demande à Plumo s’il l’aime. L’aimera-t-il toujours ? Elle souhaite que Plumo l’embrasse sur la joue. La relation « amoureuse » entre Plumo et la vieille dame devient le centre du spectacle.
Idem, la dame « joue » à être amoureuse. Elle est encourgée en cela par les rires du public et aussi par Plumo qui accepte et rentre dans son jeu. Tout ceci dans une ambiance décontractée et conviviale.
Une autre dame (105 ans) dit à sa voisine : » ça s’apprend d’être bête, ça s’apprend de faire des singeries ! »
Le public rit maintenant davantage des remarques de certaines personnes du public – et des réactions directes de Plumo – que du spectacle en lui même… Passage obligé pour une bonne réussite de la prestation ?
Finalement, la vieille dame ne veut plus me quitter… quitter Plumo pardon !
Plumo l’embrasse et s’en va.
C’est ce qui s’appelle « un retournement de situation ».
6 février 2010